Hormis les challenges techniques auxquels fait face la blockchain sur l’augmentation et la sécurisation des transactions, la transparence, la confidentialité et la sécurisation des plateformes de change, comment la blockchain peut-elle transformer l’emploi sans le détruire ? Un objectif certainement des plus essentiels dans cette révolution annoncée.

Grâce à la sécurisation des communications et des transactions entre objets connectés, la blockchain vise à automatiser de nombreux métiers qu’il sera difficile de remplacer. Dans le secteur des Fintech, par exemple, les milliards d’économie espérés par les banques proviendront de la suppression des intermédiaires chargés des processus de vérification, de compensation, d’audit, etc. Il en sera de même dans de nombreux autres secteurs comme ceux des notaires, des avocats, de la logistique, de l’assurance, du transport, de la sécurité, etc.

Aucune étude d’impact de la blockchain sur l’emploi n’existe à ce jour, mais en 2015, le cabinet de conseil McKinsey publié un article sur les conséquences de l’automatisation des objets connectés et de l’intelligence artificielle sur l’emploi en estimant que “45% des activités que les individus sont payés à faire peuvent être automatisées en adaptant des technologies existantes”. Compte tenu que le succès futur des objets connectés et de l’IA est indissociable de la blockchain, comment allons-nous faire pour éviter le pire ?

Certains y voient une forme d’émancipation dans le but est simplement de supprimer le travail et de rétribuer la liberté de faire à chaque individu. Cette vision d’un monde libéré du travail fait écho à celle de l’économiste John Maynard Keynes qui publié en 1931 une Lettre à mes petits enfants : “Dans très peu d’années – il nous restera sans doute possible d’accomplir tous les actes que demandent l’agriculture, l’extraction des mines et la fabrication des objets en ne fournissant que le quart des efforts auxquels nous sommes habitués. L’extrême rapidité de ces bouleversements nous blesse. Nous sommes atteints d’un nouveau mal : le chômage technologique […]. Mais il n’y a là qu’un état temporaire de réadaptation. Tout cela signifie, en fin de compte, que l’humanité est en train de résoudre le problème économique […]. Pour la première fois depuis ses origines, l’homme se trouvera face à face avec son véritable, son éternel problème – quel usage faire de sa liberté, comment occuper les loisirs que la science et les intérêts composés lui auront assurés, comment vivre sagement et agréablement, vivre bien ?” Cette vision peut encore nous paraître folle, mais de nombreux signaux suggèrent qu’il est temps désormais de réfléchir à ces questions. A ce titre, et si l’ensemble des promesses technologiques de la blockchain s’implémentent à terme dans nos sociétés, l’idée d’un revenu universel de base ne sera également plus une utopie, mais une claire nécessité.

Au delà des questions liées à ce phénomène d’automatisation du monde, une autre partie de la réponse réside peut être dans la révolution du management que suppose la blockchain. La blockchain promeut intrinsèquement le télétravail ou du moins, le statut d’indépendant, en favorisant le regroupement de travailleurs “libres” au sein de DAO (organisation décentralisée où les règles de gouvernance sont automatisées et inscrites de façon immuable et transparente dans une blockchain), le tout, sans l’intervention de hiérarchie verticale, et, réglementée dans le code d’un ou plusieurs contrats intelligent (smart contracts). Dans cette vision d’un monde 3.0, les individus inventent d’eux-mêmes un nouveau système coopératif qui leur permet de participer à différents projets et d’être rémunérés, non pas par un salaire, mais par un actif (le token) du projet sur lequel ils interviennent. On peut alors imaginer que cet actif qui sera donc une crypto-monnaie, sera à son tour, facilement échangeable ou transformable sur le marché (cessions d’actifs, crédit sur compte bancaire en crypto-devises…). De plus, et comme l’indique la chercheuse Primavera De Filippi : “la valeur est ainsi distribuée de manière bien plus équitable qu’aujourd’hui dans ce qu’on appelle l’économie collaborative (Uber par exemple), où un seul acteur capte la richesse par la collaboration des autres”. Au sein de telles organisations, l’ensemble des chefs disparaissent et la coordination est assurée par le code.

Cette vision a été traduite pour la première fois par la startup OpenOrg qui propose aux entreprises l’ouverture de leur processus de gouvernance pour les rendre plus transparentes. En devenant des “sociétés ouvertes”, chaque projet est découpé en une liste de tâches qui est évaluée par un temps d’exécution et une rémunération. Chaque intervenant peut choisir librement la mission pour laquelle il est le plus compétent. Une fois le travail effectué, le salaire est versé automatiquement sur le compte du travailleur. Chaque jour, un travailleur est collaborateur, ou non, d’une certaine structure. La startup Backfeed va plus loin en proposant une rémunération proportionnelle à l’investissement de chacun dans le projet. Cette idée permet de promouvoir la coopération à grande échelle et sur tout type de projet.

Toutes ces idées introduisent la tokenisation du monde, une réinvention intégrale de notre modèle économique vers un nouveau système d’émancipation où la distribution des richesses est plus équitable, et où, comme l’indique Pierre Paperon dans son article, la commune est in fine au centre. Néanmoins, avant d’en arriver à une généralisation et à une stabilisation de ces processus, nous risquons de traverser des périodes sombres et les défis auxquels nous allons devoir faire face dans un avenir proche sont sans commune mesure.

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